

Je monte les trois йtages qui mиnent jusqu'а sa classe. C'est l'une de celles qui se trouvent en dehors des couloirs, sur le palier.
Il y a une porte а tirer. Lа on se retrouve dans une toute petite piиce. Lа il y a une autre porte а tirer qui donne directement, cette fois, sur la classe.
Je tire la premiиre porte. Elle grince. J'йcoute, je crois reconnaоtre sa voix mais je n'en suis pas sыre. Je referme et attends qu'elle sorte. Mais elle ne sort pas. Mince. Elle doit avoir deux heures а la suite dans cette classe lа. J'ouvre а nouveau la porte. Puis la referme.
Puis attends encore un peu.
Pour finir j'ouvre la porte et ose rentrer dans la petite piиce sombre.
Il y a un trou dans l'espиce de peinturlure qui recouvre le carreau de la porte.
Un ptit trou. Mais je la vois. C'est bien elle.
J'йcoute un peu ce qu'ils disent...
-Mais euh euh Madame !
-Oui ?
-On peut vous poser des questions ?
-Oui ?
-C'est qui la personne qu'est contre le mur а un moment ?
-Contre le mur ?
-Ben oui, avec d'autres filles ?
-C'est un garзon ou une fille ?
-Non mais elle a les cheveux courts mais c'est une fille..
-Vous savez, elle a les cheveux courts !
-Oui mais c'est une fille euh, t'as pas compris ?
-Elle joue dans les spice girls !
-Elle a des tatouages !
-Elle a des tatouages ? Et les cheveux courts ? Alors euh attends, Charlotte elle a les cheveux longs,
serai-je la prochaine qu'elle va citer ?
Et moi et moi ?
Je ris, je tremble, je souffle, je sue, et... Je frappe. Je la regarde par le trou mais je n'ai pas vu si elle avait rйagi. Je refrappe.
Et lа j'entre, et lа c'est magique.
Christine est йcroulйe de rire, ils rient aussi tous, de surprise.
Moment excellent.
Je traverse la salle, je viens m'installer auprиs de ma jolie ptite maman blonde, et а partir de lа, ce n'est que du bonheur.
C'est du beau du trиs beau... On aurait voulu le faire, зa n'aurait pas йtй si beau.
Maman a sa petite robe de fleur des champs, elle sent le bйbй comme d'habitude.
Je ne vais pas m'installer а cфtй de l'un des йlиves, non, je lui pique sa chaise -car qui connaоt bien Christine sait qu'elle ne s'asseoit jamais, je lui demande quand mкme la permission, hein, parce qu'elle m'a bien йlevйe- et m'installe, un peu de travers, face а eux et а cфtй d'elle, et lа j'ai devant les yeux tout le bazar de son bureau, sa trousse vide et tous ses stylos йtalйs sur la table, ses lunettes de soleil, ses feutres pour le tableau, ses cours dans de grandes copies doubles а petits carreaux, les petites fiches qu'elle leur distribue...
Je la regarde, et peut-кtre qu'elle sent mon regard sur elle.
Et tout d'un coup c'est une nouvelle Christine que je vois. Enfin c'est toujours la mкme mais c'est la mкme avec quelque chose en plus.
Un nouveau profil d'elle que je ne connaissais pas.
Un nouveau bout de Christine.
J'essaye de le dйfinir dans ma tкte, depuis ce moment oщ j'йtais dans l'escalier et elle juste en bas, devant la salle des profs. (А l'inverse de mon rкve) .
Avec elle je peux кtre spontanйe. Je ne me sens pas enfermйe, jugйe, emprisonnйe d'office.
Son regard est bienveillant.
Son oreille attentive йcoute bien tout ce que je dis.
Et sa bouche rose n'ose me demander mais ce n'est pas grave puisque je lui dis.













































